En ce dimanche de mai un soleil de plomb préside aux festivités du
village.
Les lourdauds locaux y sont à l'honneur !
Il y a de la saucisse pur porc accompagnée de fritaille dégoulinante de
graisse, du bric à brac de choix, de la bonne grosse musique à bovidés, bref de
quoi contenter l'étable de bipèdes adipeux du coin venus se rassembler pour
festoyer dignement en ce jour de toutes les légèretés autorisées.
Autrement dit, de toutes les pesanteurs provinciales du moment.
L'astre brille et brûle les participants de cette vague kermesse. Quel
bonheur à leurs yeux que de pouvoir être présents à ces réjouissances
dominicales sous les feux les plus ardents de Phébus ! Plus ils ont chaud, plus
ils assimilent leur inconfort, leur transpiration, leur soif, leurs rougeurs à
la suprême félicité estivale.
Et, enivrés par la flamme solaire, tous se persuadent que cette touffeur
qui s'abat sur leurs barbecues, leur buvette et leurs fronts ruisselants est une
bénédiction que, du haut de leurs casquettes aux couleurs du Tour de France et
aux marques de pastis, ils savent apprécier à sa juste valeur !
De mon regard d'esthète je me réjouis de la pluie à venir, percevant à
l'horizon la rafraîchissante annonce d'un orage qui, en plus de nettoyer
l'atmosphère polluée par cette obèse humanité en proie à ses lourdeurs les plus
désolantes, abreuvera la terre d'une onde glacée et vivifiante qui contribuera à
chasser les derniers adeptes de la friture et de la cochonnaille. Tout en
abaissant la température à la vingtaine de degrés Celsius congrue supportée par
les belles gens de mon espèce...
Je ne comprendrai décidément jamais cette population grossière et festive
qui, dans les odeurs de graille, entourée du fracas des trompettes municipales
et sous les ardeurs d'un printemps plus cuisant que l'été, se sent aussi à
l'aise dans son marécage d'imbécillités et d'insignifiances qu'un poisson dans
son eau claire.
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