Par un clair dimanche, je passai près de l'église au moment où
s'ébranlaient les cloches : j'assistai au concert, charmé par le chant de
l'airain.
Je ne m'étais jamais rendu compte jusqu'à ce jour qu'une pareille volée
"d'anges métalliques" pût être si exquise... Au son du bourdon, des souvenirs
surgirent, des images survinrent.
Grâce, puissance, majesté émanaient du métal. Peu à peu le carillonnement
devint assourdissant. Une ivresse inconnue me gagna : je me sentis emporté par
les clameurs argentines du beffroi.
A cet instant je compris que ces instruments sonores au contact de l'homme
avaient hérité d'une âme.
En effet, de tout temps ces voix solennelles s'adressant à l'azur
apparaissent vivantes aux humains ordinaires, honnêtes gens et communes
personnes : ceux-ci sont instinctivement enclins à leur attribuer chaleur,
éclat, souffle. Ainsi la matière la plus dure peut inspirer aux mortels que nous
sommes les plus doux émois pourvu qu'elle soit travaillée avec art, patience, humanité.
Telles étaient mes pensées sur le parvis de la maison de Dieu.
C'est alors que je vis sortir de l'édifice une longue créature ingrate,
sorte de chèvre acariâtre au pas pressé, au regard hargneux. Chignon strict et
silhouette étriquée caractéristiques de la puritaine desséchée... Une affreuse
guenuche ridiculement vêtue de broderies fines. Je devinai à son aspect chagrin,
à sa mine sombre, à la laideur de ses traits, qu'elle était chantre de messe.
Une méchante dévote que l'habitude des sonnailles avait rendu sourde aux
plaisirs de la chair, aux tendresses de l'amour, préservant obstinément la
froideur de son hymen clos. Elle me jeta un oeil mauvais puis s'engouffra
bien vite dans l'ombre des rues étroites où elle disparut tout à fait.
Je compris alors autre chose : les vieilles filles quant à elles, en
entendant ces "trompettes célestes", loin de se laisser pousser des ailes,
confortent leur chasteté de fer.
Au lieu de s'alléger, elles s'alourdissent
Là sous ce ciel lumineux, dans l'air ensoleillé plein de bonheur, l'hymne
du clocher emplissait de joie les natures généreuses, faisait briller les beaux
esprits et battre les coeurs de braise.
Mais, irrémédiablement, mettait en fuite les cafards en dentelles.
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