26 février 2025

48 - Les poètes aux pieds légers

Ce que les puits profonds ne connaissent pas, c'est l'éclat des nues, le feu des orages, le souffle des tempêtes. Et la subtilité des cendres.

Les rêveurs à la lyre, imbéciles éclairés, pataugent dans les étoiles pendant que les autres fauchent leur blé quotidien.

Poète plein de vent, tu n'es qu'un piteux pompeux qui pond des ronds de rien du tout ! Honte à toi et à tes rimes aux pieds si légers : lorsque tu célèbres l'azur tu crois faire l'oiseau, alors que tu ne fais que la mouche. Vermine issue de la vermine, tu retourneras à tes vers : les lombrics sont l'unique récompense de ta vanité.

Quant à vous paysans, culs-terreux, fossoyeurs de rêves inutiles, comme je vous aime ! Vous les planteurs de légumes, vous les récolteurs de pluies, vous les oracles des champs, vous les ramasseurs de soleils, vous êtes les vrais bardes de ce monde. Vos tomates qui mûrissent enchantent mon coeur, vos patates adoucissent mes moeurs et vos poires à l'automne tombent sur mon chapeau de paille... Je me perds, ivre de plantules, dans vos sillons féconds !

Muse, vaine compagne de nos panthéons, ferme-là ! Frémis plutôt en entendant le juron âpre, rauque et vrai du laboureur qui lutte contre la motte. Écoute gémir sa femme qu'il engrosse. Cette rustique, cette vilaine, cette fermière que tu railles au son de ta harpe, elle couvre de sa voix énorme tes cordes si sensibles... N'entends-tu pas vagir le fruit de ses entrailles ? Ils l'ont baptisé Gaspard, tandis que tu t'appelles "chimère". Tu vois, tu n'es que fumée.

Fée des cambrousses idéalisées et des illusoires forêts enchantées, fragile et insipide brindille que tu es, sache que le chantre des hauteurs coupé de la réalité à qui tu t'adresses est bien fou, qui se répand en verbiages pour la seule gloire de tes racines molles. Parce qu'il n'est point chaussé, il se prend pour un albatros. Mais ses ailes ressemblent aux oreilles qu'agitent les ânes, et son chant précieux s'apparente au nasillement du canard.

Laissez monter la gerbe et mûrir la graine, vous les joueurs de luth. Pendant que croissent la carotte et le chou, jouez, jouez donc. Exaltez le crépuscule à vous en soûler jusqu'à l'aube.

Vos égéries sont mortes depuis longtemps et vous ne le savez pas. Depuis une éternité la Poésie a déserté les constellations pour se réfugier dans les potagers. Orgueilleux que vous êtes, vous ne voulez rien savoir. Alors chantez davantage dans la nuit, marchez donc sans semelle, poursuivez votre quête... Continuez d'ensemencer le ciel de votre salive stérile, vous ne récolterez que des postillons.

Et si un jour vous vous mettez en tête de creuser la terre, vains comme vous êtes, vous hériterez encore et toujours de salades.

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