Marie-Alphonsine, dégoûtante bigote déjà flétrie par quarante hivers
d'abstinence, abreuvée d'hypocrisie, dorée de valeurs poussiéreuses, assistait à
la messe dominicale.
Affublée comme une putain de campagne, c'est-à-dire laidement, lourdement,
bovinement, elle espérait ainsi séduire le fringant fils du pharmacien de son
village. Ce dernier n'avait évidemment d'yeux que pour la jeune et svelte nièce
du médecin, elle le savait mais comptait sur l'énormité de son giron flasque et
l'épaisseur de son rouge à lèvres criard pour conquérir cet oiseau rare à la
plume vigoureuse.
Bien mal lui en prit. C'est l'oeil concupiscent du curé qu'elle éveilla,
non le coeur gelé de l'objet de ses désirs.
Pour cette audace le prêtre châtia rudement la pécheresse à la sortie de
l'église. Il la fouetta et l'humilia comme elle le méritait sous le regard amusé
du godelureau au bras de sa blonde.
Précisons un détail : notre grenouille de bénitier était en réalité un
crapaud en crinoline, un laideron infatué de sa personne, une sous-bonniche de
ferme aux prétentions de passagère de carrosse.
Ce n'est pas seulement pour son indécence qu'elle fut punie par l'abbé,
mais aussi pour ses traits de coche et ses appas bovins.
On ne saurait en effet usurper les droits de la beauté en pleine cérémonie
religieuse et l'injurier en la singeant sous des dehors aussi grotesques !
Disqualifiée et par sa naissance et par l'héritage de ses gènes simiesques,
Marie-Alphonsine dut se contenter des hôtes de son étable pour honorable
compagnie et abandonner ses rêves de château car, définitivement, elle était
plus apte à fréquenter les bêtes de sa basse-cour que les galants joliment
chaussés des salons feutrés.
Que chacun dans ce monde reste à sa place selon l'ordre établi des choses,
et que nul ne cherche à placer son trône pus haut qu'il ne doit être.
Le prince couvert d'or fin dans son palais, la guenuche aux missels
crasseux dans son confessionnal.
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