Conte cruel de la Saint-Valentin
Je connus une authentique vieille fille. Laide, acariâtre, avaricieuse,
hypocrite, pieuse comme un plâtre d'église. Un vrai rabat-joie, un cafard
portant chignon, un caractère et un hymen rigides. Bref, une femelle pareille à
une figue séchée. Et bien entendu, vicieuse à faire tressaillir le Diable, en
bon laideron qu'elle était.
Je la déflorai. Autant par défi à ses moeurs que par amusement d'esthète.
Durant l'acte la puritaine se comporta en véritable putain. C'est ainsi qu'après
le procès charnel, l'apôtre de la fausse vertu devint enfin femme. Mais
uniquement sur le plan clinique, car le silex qui battait dans sa poitrine était
toujours aussi aiguisé.
Se désolant de la perte de sa chère virginité, elle se répandait en fiel,
semant sa haine stupide sur le monde et les hommes qui le peuplent, tout en
maudissant la faiblesse de ses sens, allant même jusqu'à insulter sans remords
ce Ciel qu'elle chérissait tant en temps ordinaire ! Cependant elle se délectait
secrètement à l'évocation du sceptre profanateur qui avait si délicieusement
exploré ses terres vierges... En se logeant dans son temple féminin, le viril
poignard avait définitivement atteint son âme pleine d'ombre.
L'écume du plaisir lui avait laissé un goût immodéré dans les
viscères.
Elle était déjà disgracieuse, sèche, sotte et méchante. Au contact de la
chair masculine elle était devenue perverse, insatiable, avide de stupre.
En l'espace d'une heure, elle changea radicalement. Ses habituels chapelets
ne meublaient plus son coeur aride. Il lui fallait à tout prix boire à la coupe
du mâle. L'ivresse lubrique était désormais sa quête exclusive : elle avait une
éternité d'abstinences à rattraper.
C'est ainsi que la bigote fut désignée par la rumeur comme la plus fameuse
catin de toute la contrée, la pire traînée de la paroisse. Mais en théorie
seulement et non dans les faits car nul gaillard ne voulait perdre haleine entre
des bras aussi osseux, contre des flancs aussi atrophiés, en face de traits
aussi ingrats. Si bien que je fus son seul et unique amant une demi-journée
durant.
Elle mourut inassouvie et fielleuse, seule et encore plus affreuse à
voir.
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