22 février 2025

11 - Mornitude du dimanche

Sillé-le-Guillaume un dimanche morose au zinc du coin.
 
Le patron, des cadavres dans le regard, sert sans conviction des bières aqueuses et éventées à quatre clients désabusés, déprimés et définitivement sclérosés dans leurs habitudes provinciales sans issue, sans espoir, sans joie.
 
Il est quinze heures et rien ne se passe. Le vide, l’ennui, le silence hantent les lieux. Ambiance mortelle de pot-au-feu refroidi pour vieillards léthargiques...
 
Personne ne parle, le gérant encore moins que la clientèle. Respectant la torpeur des autres, chacun fixe un point invisible droit devant soi. Les consommateurs n’ont pas l’air de se connaître entre eux, ou alors peut-être de vue.
 
La télévision est allumée sur une chaîne sportive mais nul ne la regarde ni ne l’écoute. Les buveurs demeurent prostrés face à leur verre, assommés de néant, paralysés par leur mutisme, figés dans cette heure dominicale si particulière où toute vie s’arrête.
 
J’observe, fasciné.
 
Je scrute les quatre visages (celui du propriétaire, je le connais déjà).
 
Et sur leur front je lis des pensées plates, aussi fades qu’un almanach de sous-préfecture...
 
Dans leurs yeux brille la pluie. Sous leur casquette tonne l’INSIGNIFIANCE.
 
Sur leur table s’étendent des rêves à leur portée, aussi brefs que triviaux : gains au tiercé, météo du lendemain, prix de la salade...
 
Ces gens immergés dans cet océan de grisaille ne semblent pas conscients de leurs aspects de cercueils, il font juste partie d’un décor fatal et funeste qui leur colle à la peau et les dépasse. Ils sont dans leur monde. Et ne se posent pas de question.
 
L'écran continue de débiter inutilement des informations sportives soporifiques dans la salle triste, au milieu des hommes ensommeillés et des mouches amollies, ce qui produit l’effet d’une grande intimité dans le bar. Et d’un malaise.
 
En sortant de ce bistrot, ma mauvaise chope vite avalée, soulagé de changer d’air, je sais que je n’oublierai jamais ce parterre de taiseux ternes et morbides aux allures d’épouvantails d’un quotidien à dimension humaine, comiquement, tragiquement humaine.

VOIR LA VIDEO :

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire