Madame de la Haute-Tricourt traînait le pas dans la rue Victor Hugo de
Sillé-le-Guillaume, bourgade sarthoise de "saboteux" et autres gardes-vaches
grasseyants. Son sous-préfet de mari, naïf fonctionnaire de l'Etat bedonnant et
impuissant notoire, pendant ce temps s'entretenait de météorologie avec
le garde-chasse qu'il avait invité à sa table, attendu que la torpeur de ce
dimanche de juin incitait les plus ineptes mollesses à ces personnalités
médiocres.
L'épouse, lasse d'écouter ces bêtises avait quitté la salle à manger bien
avant le dessert, préférant prendre l'air, s'alléger la tête de rêveries,
s'enivrer d'exquises langueurs plutôt que d'attendre le pudding. Précisons que
la sous-préfète était une femme d'esprit à la vénusté sans égale. Que
faisait-elle avec ce pesant boeuf de vingt ans de plus qu'elle et de dix fois
moins de valeur ? Nul ne semblait se poser la question dans cette cité de
buveurs de mauvais cidre, d'épiciers affairés et de natures épaisses... La
conjointe du haut personnage promenait sa silhouette lascive dans la rue Victor
Hugo de Sillé-le Guillaume, disions nous...
C'est dans ces circonstances que je la rencontrai.
Elle remarqua aussitôt mon allure aristocratique, mes traits subtils, mes
moustaches fines contrastant avec les faces bovines aux visages d'abrutis de la
gueusaille locale.
Nos yeux se croisèrent. Nous nous comprîmes.
Je la suivis jusque sous le porche de l'église, trouvant asile sous un
angle propice de l'édifice, protégés des regards par une végétation touffue. Là,
la libertine se comporta en femelle conquérante, exigeante et impériale. Je dus
faire appel aux ressources insoupçonnées de ma virilité âprement mise à
l'épreuve pour ne point déshonorer son exceptionnelle beauté, décevoir les
espérances de sa féminité inassouvie.
Son âme vouée aux flammes d'Éros se réveillait sous mon étreinte. Après des
années d'une sinistre léthargie... Ma vigueur remarquable lui inspirait les
caprices les plus baroques. Son imagination vive, ses désirs brûlants, son
caractère impérieux constituaient autant d'épreuves à surmonter. La débauchée
agissait en guerrière. Non sans quelque peine, je fus à la hauteur des
hostilités.
Plus tard dans l'après-midi la délurée bourgeoise, la chair apaisée,
rêveuse, le coeur atteint par une cause suprême rejoignit son cochon d'époux qui
était encore à discuter avec le garde-chasse, sa mine rougeaude ayant viré au
rouge vif sous l'effet des liqueurs.
Sa conversation avec son hôte botté -et tout aussi imbibé que lui- tournait
à présent autour du prochain remplacement du chef de gare de la ville.
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