Plus que toutes autres femmes, les pudiques bigotes aiment se donner du
plaisir. Enhardies par la honte, excitées par l'effroi des feux infernaux, elles
s'adonnent sans retenue à d'inavouables passions charnelles. Entre les dévotes
et la vertu, c'est une grande, brûlante, pitoyable histoire : la rage.
Les abstinentes décaties portent des masques de toute beauté, des dessous
honnêtes, chastes, s'enroulent des chapelets rutilants autour de leurs doigts
gracieux. Elles affichent leurs traits ingrats à l'office dominical, demeurent
laides dans leurs foyers, deviennent hideuses au fond de leur lit. Les curés
peuplent leur imaginaire érotique, et les saint en plâtre des églises sont leurs
derniers garde-fou. Quant aux vierges en plastique ramenées de Lourdes, ce sont
leurs joies malsaines, leurs pauvres jouets , leurs coquets diablotins. Indulgentes envers le péché, le Mal, les concessions et
la licence la plus éhontée, elles ne supportent pas la pleine lumière.
Chez elles la pénombre est propice aux confessions des péchés les plus révoltants. Leur
sexualité portée en sacrifice est leur passion, un calvaire délicieux. Digne
d'une procession, pensent-elles... Véritables vestales à la flamme absente, au
coeur décharné, à la voix suraiguë qui les fait chanter si bien à la messe,
elles brûlent de désirs impies en réalité. Leur hypocrisie jacassière est une
sorte de chef-d'oeuvre balzacien. On pourra trouver délectable leur satané
chignon, désirables leurs courbes diaboliques, charmants leurs crucifix comme
des petits amants d'acier... Leur âme cependant brille comme une éclipse de
soleil. Leur toilette est provinciale, leur poitrine sèche, leur chair maudite.
Et leurs moeurs dissolues ne les fait point rougir : elles seules connaissent le
secret rance de leur hymen.
Bref, ces misérables qui hantent les clochers sont les pires dépravées de
notre société.
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